11 octobre 2007
Testament
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Que dire de plus ? Si ce n'est pas réellement un testament, ce sont quelques réflexions
sur un passé plein d'interrogations et d'un besoin de "dire"...
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Ai-je joué mon rôle et gagné ma victoire
Recherchant chaque jour de pompeux lendemains ?
Qu’ai-je fait de ma vie ? Quelle incroyable histoire
De vouloir tout donner ! Je n’ai rien dans les mains…
Au banquet de la vie, tu te sens peu de chose !
Si l’opulence est là , profite du festin ;
Demain tous tes amis te feront porte close
Quand s’abattront sur toi les revers du destin.
On est si peu de chose,on a ce que l’on donne
Et même l’être aimé t’est bien peu de secours
Elle recherche en toi, cette triste madone
Tout ce qui manque encore à ses propres atours.
On est si peu…Pourtant on ne sait pas se taire,
Avant de s’éclipser, on veut laisser un nom,
Laisser un peu d’amour, ou mieux quelques mystères,
Même si nos enfants n’en tirent rien de bon.
Que leur importe au fond ces moments de démence
Où je me suis offert aux rires du prochain ?
N’aurai-je pas mieux fait ,avec plus de décence
De me mordre la lèvre et noyer mon chagrin ?
J’ai voulu tout chanter et tout mettre en poèmes,
Chanter ce qui est beau, décorer la noirceur.
Même si j’ai médit sur d’épineux problèmes,
C’est que la dureté parfois marquait mon cœur .
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Si je t’ai fait pleurer sur le mot « solitude »,
Si je t’ai fait rêver au temps du verbe « aimer »,
Esquisser un sourire à mes « Béatitudes »,
Je peux larguer l’amarre et aller m’abîmer.
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Quelques fois, j’ai chanté, le regard plein de larmes,
La beauté de décors que je ne voyais pas .
Je remercie la Muse , amie pleine de charmes
Qui même ces jours-là venait guider mes pas .
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Même, je me suis vu sombrer dans le prière
Sur des « De Profundis » qui me laissaient sans voix
Implorer le Divin pour quelques mensongères :
Qu’il fallait donc , Mon Dieu, être descendu bas !
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Qu’importent les regrets ? Je sais bien que ma course
S’arrêtera bientôt . C’est fini ! A Dieu va !
Pourtant je voudrai bien, quoiqu’à bout de ressources,
Pouvoir me retirer sur un « Alléluia »…
12 octobre 2007
La tartane

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C'est une simple comparaison entre une femme insaisisable
et une légendaire tartane aussi fuyante !...
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Orgueilleuse tartane, quand tu roules des hanches,
Câlinement comme une belle en mal d’amour,
Sur l’eau qui te profane, sensuelle tu penches
Ton sein voluptueux aux caresses du jour !
Tu naquis pour flâner et puis jeter l’amarre
De pays en pays, sans jamais t’y fixer,
Dans tous les cœurs glaner, puis jeter à la barre
Les cœurs épris de toi, fille vite lassée !
Conquise par la houle de ces désirs nouveaux
Dont ton cœur de vingt ans ne sut freiner l’emprise,
Lentement, comme coule le plus fier des vaisseaux
Dans les sables mouvants en riant tu t’enlises !
Mon imagination au plus fort de mes rêves
S’égare et je confonds la barque vagabonde
A cette déraison, à cette fille d’Eve
Qui pour mon désespoir m’entraîna dans sa ronde.
Toi qui pour mon malheur, tendant ta main de femme,
Menas ma solitude aux passes de l’amour,
Qui sans le moindre pleur et sans le moindre drame
T’écartas de mes bras, sans parler de retour !..
Fille aux cheveux de nuit et aux yeux de Madone
Dans lesquels bien souvent se perdit mon regard,
Puisque le temps qui fuit veut que je te pardonne,
Reprends-moi à ton bord, tant qu’il n’est pas trop tard !
Les mains de femme
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Ferme les yeux et laisse-toi bercer par ces évocations.
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Ta main de femme a le pouvoir
D'éterniser ma rêverie.
À sa présence, dans le soir,
L'espoir s'embrase en féerie.
Je t'aime, douce main de femme
Attentive au moindre baiser,
Sortilège mouvant, ton charme
Se veut félin pour apaiser.
Frôleuse pour donner l'amour,
Expressive pour implorer,
Étrange rameau de velours
Surgi d'un cœur pour apaiser !
Au cadran des heures paisibles
Où veut s'écouler le bonheur,
Tes mains forgent des impossibles
Pour réaliser des splendeurs.
Sur le berceau, c'est la caresse,
Si riche de maternité,
Que ta main lègue en allégresse
Au fruit de ta fécondité.
Et quand sur de fines dentelles
Elles composent des trésors,
Ne sont-elles pas sensuelles
Tes mains s'offrant sur ces décors ?
Minute douce, ou temps de peine,
Tends vers moi tes doigts de satin !
J'y poserai, quoi qu'il advienne
Le trait d'union de nos destins.
Nuits d'Aix
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Promenade nocturne au coeur de ma ville : Aix en Provence.
Je ne pouvais pas rester sans voix devant ce décor insolite.
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La ville a succombé dans la morne torpeur
D’une nuit de Juillet à l’haleine trop lourde.
Le calme de ses Cours offre l’aspect trompeur
D’un bastion déserté, quand la révolte sourde.
Pourtant, mille présences parsèment d’étoiles
L’amalgame insensé de ses murs désolés.
Ville, je voudrais tant que pour moi tu dévoiles
L’astigmate lueur qui peuple tes volets !
Falote et si furtive, elle atteint les mansardes
Où la misère sait se perdre en oraison…
Indiscrète et gavroche, on la voit qui s’attarde
A percer les secrets des bourgeoises maisons.
Chaque perle en suspens, dans ce décor de rêve
Est un peu de bonheur qui se met au secret ;
C’est un peu de douleur que la nuit parachève
En glissant l’abandon auprès de son chevet.
Seuls, émergeant de l’ombre, assiégeant les ruelles,
Spectres du temps passé, les clochers et les tours,
Embrasés par le feu de cent mille chandelles,
Féériques joyaux, étalent leurs atours.
Mirage vespéral, étrange nuit d’été
Où l’irréalité vient meubler l’heure creuse…
A ce charme enjôleur, je t’ai vu résister
Pour enfin te donner, ô ville tapageuse !…
13 octobre 2007
Galaxies
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Retour aux sources face à l'immensité !...
Qui peut rester indifférent devant tant de grandeur ?
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D’insondables rumeurs assaillent mon oreille,
Issues d’incertitude éludée d’essentiel !…
Va, je ferme les yeux et m’apprête à la veille :
Face à ce firmament, j’ai besoin d’éternel…
Quoi ?… Tu ne veux pas croire au Maître des planètes
Et te laisser griser devant son univers ?
N’est-ce pas s’avilir, bête parmi les bêtes,
Recréer des orgueils au rang des Lucifers ?…
C’est de la poudre aux yeux offerte à ta faiblesse,
Que jette le Très-Haut dans le calme du soir !
Regarde l’infini, ces mondes qui se pressent :
Précieuse fumée d’un immense encensoir !
Qui parle de divin réclame l’indulgence…
Moi, je reste sans voix, face à l’immensité.
Un seul de ces joyaux qui peuplent ce silence
Ne t’a coûté, Seigneur, qu’un soupçon de bonté !…
Que peut peser l’amour au pied de ce décor,
Si furtif accessoire échu dans ce système ?
Eh bien détrompe-toi, car ces cascades d’or
Ne sont que peu de choses en face d’un « je t’aime ».
Notre jeunesse
A l’occasion de mes 70 ans.
Des souvenirs charmants, mais souvent imprécis, surgissent de notre plus tendre enfance. Chose curieuse, certains échappent à la règle et se figent dans notre esprit d’une façon étonnamment riches en détails. Pourquoi ?… Ils ne semblent pourtant pas d’une importance extraordinaire.
* *
C’est ce petit appartement triste et démodé, à deux pas de la Butte Montmartre, dont les détails sont désormais confus : il y a si longtemps et nous étions si jeunes ! Il m’est resté de ce temps-là une tendresse inexplicable pour ce quartier de Paris. Par la suite, nous y retournions souvent, invités par nos deux tantes, vieilles filles inséparables, qui nous invitaient à la moindre occasion. Elles nous ont appris à découvrir le charme de ces rues grimpant à l’assaut de cette colline légendaire, comme la rue Lepic encombrée de ses marchandes des quatre saisons. Dans son axe se profilait le Moulin de la Galette. Plus haut, la silhouette du Sacré Cœur nous attirait. C’était toujours une fête d’y accéder en empruntant le vieux funiculaire agrippé à la pente, à moins que nous ne préférerions surfer sur les rambardes qui, au beau milieu de l’escalier, étaient là, comme par hasard, pour mettre à mal le fond de nos culottes courtes. L’église Saint Jean doit se souvenir de quelques recueillements spontanés surgis de nos âmes toutes neuves. Nous aimions la fraîcheur de ses voûtes et le curieux apaisement que nous ressentions en ces lieux.
C’est aussi un coin de Bretagne. Il faisait bon y passer les vacances. La grève au sable orné de goémons posés en guirlande au gré de la marée montante était le théâtre de nos jeux. La cousine Marie nous y conduisait par le petit chemin bordé de haies de mûriers qui dévalait du bourg vers la mer. Nous noircissions nos doigts à la cueillette de leurs fruits gorgés de soleil. Au travers de ces buissons, on apercevait des champs de blé ondulant sous la caresse du vent venu de la baie.. Nous longions les murs du cimetière, indifférents aux ancêtres endormis dans leur tombe presque marine. Une faune tapie dans les buissons improvisait des chants, comme pour mieux nous accueillir dans ce coin de nature si parlant à nos sensibilités d’enfants.
Aujourd’hui encore, les senteurs de ces paradis semblent nous poursuivre : celles des pavés de Paris et l’atmosphère moite de ses ruelles, dans un mélange et une alchimie bien particuliers. Celles des fleurs de champs et des genêts de la lande, le parfum iodé venu de la mer, l’odeur des vieux meubles bretons, seule richesse de la petite maison de granit de la cousine Marie, comme celle qui émanait de la boulangerie du bourg à l’heure où les rondes miches de pain de campagne sortaient chaudes et craquantes du four.
Ce ne sont que des petits riens accrochés à notre mémoire, mais ils font partie de notre patrimoine personnel. Souvent nous repensons à nos jeunes années si pleines de simples petits bonheurs. Ils ont contribués à nous donner un précieux départ dans la vie parce qu’ils n’étaient emprunts d’aucune malice et parce qu’il n’y avait aucune influence extérieure pouvant troubler notre petit monde en pleine éclosion. C’était un cocon douillet qui suffisait à nos exigences du moment. Une simple « animalité » nous faisait rechercher des sensations aussi naturelles qu’indispensables à notre soif de découvertes. Nous regardions curieux les premières manifestations de la vie qui se présentait à nous riche d’interrogations, sans nous douter un seul instant qu’elles étaient les prémices de notre « moi » profond.
Nos jeunes années !… Même si le cadre était un peu rigide parfois dans cette famille attachée à tous les grands principes et soucieuse de nous transmettre les exigences d’une religion dont la trame était pour nous encore mal définie, nous étions tout de même, malgré nous, familiarisés avec cette ambiance quelque peu austère pour notre âge : la messe du dimanche et la prière du soir après le souper faisaient partie du folklore… Somme toute, nous étions satisfaits de notre sort et incapables d’établir le moindre parallèle, positif ou négatif, avec le monde extérieur auquel nous n’avions pas tellement accès.
Quoi qu’il en soit, les graines étaient semées et les tiges folles d’une jeunesse qui s’affirme allaient bientôt encombrer un sillon trop parfaitement tracé. A peine sortie de terre, elles commençaient à frémir au vent sournois des premières contrariétés et des premières sollicitations. Dans leur fragilité, elles avaient de plus en plus de mal à supporter l’agressive lumière qui jaillissait déjà à l’aube d’un futur pour lequel nous n’étions pas encore suffisamment préparés, à l’image du phare de la pointe anticipant de son faisceau des révélations qui auraient dû rester dans l’ombre.
* *
Ainsi se fabriquait en moi un embryon de poète, certes aux premiers balbutiements de ses « possibilités », mais qui se voulait déjà détaché du prosaïsme du commun,… à moins que ce ne soit qu’un simple jeu. A l’âge béni des premières années se modèlent des orientations dont il sera difficile de se débarrasser plus tard. Après tout, pourquoi vouloir lutter contre des tendances qui, somme toute, ne sont pas contre nature ? Moi, j’étais plutôt du genre rêveur, comme d’autres s’obstinaient à garder les pieds sur terre. Il faut de tout pour faire un monde !
Mais voilà, il se trouve, la plupart du temps, qu’il y ait affinité plus ou moins perfide entre la poésie et le mysticisme. L’un et l’autre font partie d’un monde imaginaire qui nous captive et nous entraîne.
Petit à petit, je m’attardais sur les bans de l’église de mon village, comme si mes aspirations profondes y avaient élu domicile. C’était pour moi une manière inconsciente de m’évader d’un simple quotidien qui ne correspondait pas toujours à mes rêves. Je vibrais autant à l’écoute d’un banal cantique péniblement éructé par des bigotes invétérées que dans la satisfaction nombrylaire de coucher sur une page vierge chaque étape de mon cheminement.
Et pourtant !… Il est des chants religieux que l’on peu qualifier d’inspirés. Comme des poèmes antiques cadencés par leurs dactyles et leurs spondées, ils procurent à nos âmes des enchantements ineffables. Ils ricochent sur notre banalité pour nous propulser vers d’autres dimensions. D’où viennent ces chants ? Quels poètes ou quels génies, en d’autres temps, ont eu le privilège de les composer ? On dirait qu’ils ont été conçus pour remplacer des prières non dites. Ils sont comme une Echelle de Jacob pointée vers le Ciel inconsciemment convoité et qui nous inviterait à nous détacher des choses humaines. Il faut prendre le temps de s’en imprégner. C’est un baume salutaire qui glisse sur nos âmes pour en cicatriser les blessures. C’est dans les profondeurs des monastères qu’ils ont atteint le summum de leur perfection. Ils se déroulent alors comme une merveilleuse tapisserie dont les motifs délicats se conjuguent dans une divine harmonie. Même si dans ma petite église la chorale des gens simples ne savait pas trop les mettre en valeur, ils n’en demeuraient pas moins l’esquisse, même mal habille, d’une élévation spirituelle authentique. Qui n’a jamais été ensorcelé par la fluidité mystérieuse du chant grégorien ? Plus tard, j’apprendrai mieux à l’apprécier et à mieux le chanter, dans la solitude de mes renoncements ou de mes doutes. Mysticisme et poésie ! Cela me convenait parfaitement à cette époque. Qu’en est-il maintenant ?
Insidieusement, les « Salve Regina » ou les psaumes modulés par ce que l’on pourrait appeler « la musique de anges » étaient capables d’élever nos âmes et imprimaient en nous leurs marques indélébiles. Oh, ce n’était certes que par des petites touches confuses. Qu’en reste-t-il ? Aujourd’hui encore, nous nous surprenons à fredonner ces airs, comme une nostalgie nécessaire capable de rafraîchir nos âmes malmenées par les aléas de la vie. Sans eux, nous ne serions pas ce que nous sommes devenus.
Est-ce un incroyable don du Ciel d’avoir été bercé dans cette ambiance, ou un obstacle supplémentaire dans la construction de notre devenir ? Qui pourrait répondre à cette question ? Personne !
Aurions-nous aimé être différents ? Aurions-nous préféré ne pas être les bénéficiaires de ces révélations ? Ils nous ont quand même apporté le charme et le goût d’une poésie particulière. L’envie de se rapprocher un peu plus de cette petite lumière qui frissonne au coin des Tabernacles… L’envie de faire un pas de plus vers l’Eternel Absent qui y avait élu domicile et dont on nous avait promis de faire la connaissance « si nous étions sages » ! A cet âge, nous étions loin de penser que cette petite lampe rouge qui nous fascinait pouvait signifier « danger ». A cet âge, nous ne connaissions pas encore « le code ». Il eût été peut-être préférable de faire une pause avant d’approcher cette balise ambiguë. La Présence trônant au milieu de l’autel était sans aucun doute bien réelle et ne constituait pas en elle-même une menace, mais nous ne pouvions pas nous douter que certains Pharisiens du Temple étaient en embuscade derrière les piliers de leurs sanctuaires.
* *
Ce ne sont que des impressions jalonnant un vécu aux fluctuations aléatoires. J’ai choisi, au seuil de mes soixante dix ans, quelques souvenirs d’enfance, parce que ceux-là avait au moins le mérite de faire partie des plus jolis. Quant aux autres, je ne veux pas en parler aujourd’hui. Vous prenez tous ces ingrédients qui ont servi à vous façonner tels que vous êtes. Vous les secouez avant de les lancer sur la piste d’un quatre vingt et un aléatoire…. Le résultat ?… Vous n’en êtes pas maître.
Ainsi va la vie. Elle se charge de nous apporter bien des bonheurs et tant des désillusions !
Une dernière pensée pour ceux qui nous ont quittés. Je les sens présents autour de cette table. Un sourire amusé au coin des lèvres, ils semblent nous dire que nous avons bien raison de faire la fête. Si quelques coupes de Champagne disparaissent durant ces agapes, ne cherchez pas ! Ils voulaient simplement venir trinquer avec nous !…
9 JUILLET 2000
Une rencontre particulière
C’était une belle journée ! Le soleil était de la partie. Non seulement il semblait donner plus de couleurs et de reliefs sur les murs de la ville qui dévoilait ses mystères au fur et à mesure de l’approche, mais aussi dans le cœur de Julien roulant vers un inconnu qu’il espérait plein de promesse. Chaque feu rouge retardait le moment de la rencontre et suscitait en lui des impatiences qu’il n’arrivait pas à analyser. Enfin le parking indiqué sur le plan était là : il s’y engouffra et chercha à se garer, puis il se dirigea vers la vieille ville. A quelques pas de là, c’était le lieu du rendez-vous. Il allait enfin se trouver face à face avec cette amie qu’il avait connue par le biais d’une correspondance les ayant spontanément rapprochés.
Il était sûr de pouvoir la reconnaître. Elle faisait déjà partie intégrante de « son jardin secret ». Quand il se retourna, elle était là devant lui, comme une apparition, souriante et détendue. Le rêve devenait réalité. Dans sa tête dansait la promesse qu’ils s’étaient faite l’un à l’autre. Ce n’était pas un rendez-vous de futurs amoureux, ou la simple tocade de deux êtres désireux de concrétiser une approche plus sensuelle. Elle venait vers lui pour tenter de partager une amitié mutuellement désirée et consentie. C’était sans équivoque. Mais Julien était sous le charme. N’était-elle pas trop belle pour ne lier avec elle que des liens amicaux ? Elle était terriblement féminine. Qu’y avait-il derrière ces yeux pleins de sourires en attente ?
Premier baiser amical. Puis il se laissa guider par elle dans le labyrinthe des ruelles tortueuses de la vieille ville, tout en devisant déjà comme des complices de longue date. Malgré sa réserve, Mireille semblait s’être muée en une gentille sorcière qui déjà l’entraînait sur son tapis volant ! Julien, au passage, avait fait escale sur un petit nuage et n’avait pas envie d’en redescendre. On aurait dit un joli début de poème où le mot « solitude » venait de lui-même s’exclure de ses rimes. Julien avait enfin retrouvé le sourire de ses meilleures années. De temps à autre, Mireille jetait un regard furtif sur cet homme qui avait envie de partager un peu de son intimité. Apparemment, elle semblait heureuse des caprices du hasard qui les avait fait se rencontrer.
Le temps semblait s’être arrêté alors que les minutes et les heures défilaient sournoisement, comme si elles voulaient écourter les premiers balbutiements de leurs échanges. Ils s’étaient attablés à la terrasse d’un petit restaurant aussi discret que possible, indifférents au va et vient de la rue, où seul le cliquetis des talons de femmes sur les vieux pavés résonnait comme une musique. Les mots échangés devenaient peu à peu comme une caresse faisant vibrer les cordes intimes de leurs âmes.
Parfois, dans nos vies, un oasis de paix surgit comme un mirage au beau milieu de nos illusions perdues ou espérées. C’est un cadeau du Ciel. Il faut savoir en mémoriser l’instant et en goûter toute la fraîcheur. Ces moments sont si rares ! Des cœurs qui s’ouvrent comme une promesse… Des instants privilégiés que l’on n’attendaient plus… Un baume qui cicatrise en un temps record les blessures les plus profondes de nos coeurs…. Tout au long de sa vie, Julien avait en vain recherché l’amour et il découvrait, grâce à Mireille, des attaches plus authentiques : celles de l’amitié ! C’était le début d’une belle histoire. Il en vivait les prémices dans un état second. Trop beau pour être vrai…. Trop insolite cette amie tombée du Ciel qui venait balayer par son charme une solitude trop pesante…. Trop irréelle cette perspective de voir enfin sa vie prendre un autre sens….
Déjà la journée s’achevait. Mireille et Julien regagnèrent respectivement leur quotidien. Pas une fausse note tout au long de cette journée pleine de charme. Le prochain rendez-vous était déjà pris, ce qui balayait l’ombre d’un premier regret.
* *
Mireille avait accepté de poursuivre l’échange, à la découverte de cette amitié quelque peu insolite. Elle disait à Julien qu’elle ne croyait guère possible, au fond d’elle-même, une réelle amitié entre une femme et un homme. Pourtant elle semblait désireuse de tenter cette expérience particulière. Le dialogue ébauché, la semaine précédente, pouvait donc se poursuivre.
Le petit restaurant du premier jour avait laissé sa place à un autre. Qu’importe le lieu ? Le charme venait d’ailleurs. Ils étaient visiblement heureux de se retrouver.
Terré trop longtemps dans sa solitude et en confiance avec sa nouvelle amie, Julien se laissa emporter dans la griserie des confidences. Mireille semblait attentive et acceptait avec gentillesse ce déluge de mots. Etait-ce raisonnable de trop se livrer si prématurément ? N’était-ce pas trop tôt ? Il la connaissait à peine. Le bon vin et la bonne chaire aidant l’invitait à l’euphorie que l’on ressent lorsque l’on peut enfin se confier à quelqu’un. Il lui parla longuement de son passé, de sa solitude morale, de ses échecs et de ses succès sentimentaux et amoureux, de ses regrets aussi d’être passé malgré lui à côté de l’essentiel à cause d’une éducation trop rigide qui l’avait mis en porte à faux avec la réalité de la vie. On aurait dit qu’il lui fallait à tout prix se justifier devant elle de ses propres échecs pour pouvoir accéder à sa confiance.
La solitude, lorsqu’elle trouve enfin une faille pour s’échapper de notre « moi » le plus profond incite souvent aux confidences les plus débridées. Avoir enfin quelqu’un à l’écoute, comme Mireille, ce soir-là ! Contrairement à lui, elle préférait rester sur sa réserve. Elle parlait peu. Elle était devenue soudainement plus grave. Julien aurait dû se méfier et limiter ses bavardages. Il aurait dû peut-être être moins égoïste et se pencher un peu plus sur elle pour extirper de ses silences des confidences révélatrices. Peut-être n’attendait-elle que cela ?
Déjà le crépuscule commençait à envahir l’espace. Julien eut le pressentiment que l’ombre sournoise venait aussi jeter le trouble sur l’harmonie fragile de leur amitié récente. Ils étaient sortis du restaurant et marchaient en silence le long des allées. Mireille s’arrêta près de sa voiture et se tourna vers Julien. Le sourire qu’elle lui adressa était à la fois chargé de gentillesse, de gravité, voire d’un soupçon de reproche. Comment analyser ce qu’elle pouvait ressentir ? Elle était si secrète ! Néanmoins, elle s’approcha de lui et l’embrassa en lui souhaitant, sans plus, un bon retour. Puis Julien la laissa partir et regarda son 4x4 s’éloigner dans le mystère de la nuit.
Lubéron
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Dans cette région chère aux poètes et si riche en couleur,
je n'ai pas eu de mal à trouver l'inspiration.
Je me ferais gronder si je n'évoquais pas "Roussillon la superbe"
(Je vois un sourire sur des lèvres aimées !...)
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Un poète m’a dit qu’en pays de Vaucluse
Etait un paradis pour inspirer mes chants
Et que sous ses couverts une adorable Muse
Offrait aux troubadours ses charmes attachants.
Assez pour m’arrêter au bord d’une fontaine,
En contemplant, ravi, le frêle papillon,
Faire l’esquisse d’un rien, émule de Verlaine
Et butiner le rêve aux plaintes du grillon :
… Le Pardon d’un matin qui se veut apaisant
Avant de s’embraser, dénué de clémence,
Cédant au doux mystère éternel et grisant
D’un déclin de soleil, prélude du silence !…
… Crissante sauterelle à la robe de bure,
Frisson de la cigale au chaud rayon d’été,
Mystérieux concert que ce charmant murmure
Versant sa symphonie en mon cœur transporté !…
… Ogive du cyprès, symbole de prière,
Elancé vers le ciel en muette oraison,
Fin pinceau qu’égara près d’une clairière
L’artiste qui peignit la verte frondaison !…
… Sentiers de tous les temps burinés aux pas lents
De tant d’amants heureux, de tant de gens de peine,
Le long de vos tracés, je m’attarde, effeuillant
La fleur de vos buissons, la Muse souveraine !…
Aix en Provence
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Evocation pleine d'émerveillement au souvenir de la ville
qui fut la première à m'accueillir...
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Pardonne-moi, Aix en Provence,
Si j’ai chanté d’autres que toi :
Je te devais la préférence
Pour m’avoir reçu sous ton toit.
Orgueilleuse dans l’ombre de Sainte Victoire,
Du Val du Tholonet, au pied de Célony,
Tu offres à mes yeux ton long passé d’Histoire :
Mille et une beautés en ton sein réunies !…
Vieille cité du Moyen Age,
Dans ton décor privé d’acteurs,
Il t’est dur de tourner la page
Sur l’heureux temps de ta splendeur.
Que j’aime à contempler tes multiples fontaines
Et descendre, en rêvant, seul, le Cours Mirabeau
Pour saluer la Muse orchestrant, souveraine,
Cet admirable jeu du soleil et de l’eau !…
Et puis flâner, à l’heure chaude
Dans l’ombre de tes vieux quartiers :
Rue des Tanneurs, ou bien rue Aude,
Repaire des humbles métiers !…
Gardienne des arts de ma douce Provence,
Comme jeune promise aux portes de l’amour,
Pourquoi opposes-tu cette pudeur d’enfance
A l’amant qui te cherche et te veut sans détour ?
Page blanche
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Certains jours, l'inspiration nous fuit et pourtant nous avons encore tant de choses à dire !...
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Page blanche, ce soir, je me sens l’âme vide.
Un souffle de tristesse écarte mes espoirs.
Le moment qui s’enfuit en sa course insipide
N’accroche à mes ennuis que des papillons noirs.
Qui veut chanter l’amour doit approcher l’extase.
La plainte d’un cœur lourd ne sait l’auréoler.
On commence deux mots, mais s’arrête la phrase :
La patiente Muse est lasse d’épeler.
Aucun cri d’espérance, aucune frénésie
Ne viendra transformer ce lugubre abandon.
Coquette, à pas feutrés, glisse la poésie
De mes doigts vers l’appel d’un joyeux Cupidon.
Je reste disponible à l’appel d’un frisson
Comme une âme soumise en son état de grâce.
Pourquoi chercher le gain d’éclatants unissons
Quand l’inspiration a déserté la place ?…
Page blanche, ce soir, je n’ai plus qu’à me taire,
Frileusement fermer l’entrée de ma maison :
Les yeux à demi clos, en rêveur solitaire,
Accepter sagement ma propre déraison !…








