08 octobre 2007
Le chant d'une sirène


Pendant la période des vacances, Julien avait pris l'habitude de débuter sa journée en se promenant le long de la grève. Il y avait trouvé un endroit idéal, tranquille, propice à son besoin d'évasion et il y avait élu domicile.
Ce matin-là, il était un peu fébrile, en se dirigeant vers la petite crique. Pourquoi ?… Il n'aurait su le dire. Il aimait cet endroit calme et presque intemporel, endroit qui lui était devenu, au fil des jours, si familier. Il s'y donnait souvent rendez-vous égoïstement. Allongé sur le sable fin, il se prenait alors à rêver, laissant son imagination vagabonder à sa guise. Il se laissait emporter par une sorte de griserie mentale qui se mêlait aux senteurs iodées venues du large. Le ressac de ses pensées venait alors buter sur les à priori de son quotidien, comme les vagues léchant inlassablement le rocher de granit rose, dressé en avant garde à dix pas de la falaise. Il devait y avoir similitude entre l'agitation de cette nature sauvage et le roulis de ses pensées confuses.
Ses sens endormis par l'accumulation de ses déconvenues, retrouvaient alors leurs destinations premières. La brise légère venant effleurer sa peau devenait caresse sensuelle. L'odeur entêtante des goémons aguichait son odorat paresseux et…, J'allais dire, blasé.
Toutes ces sensations, il aimait les retrouver, les savourer et régulièrement les mettre en mémoire au plus profond de son subconscient !
Au moment où il allait glisser ses pas dans le sable fin, il s'arrêta brusquement, contrarié et presque en colère.
Elle était là, allongée, à demi nue sur le sable, squattant son espace habituel. Venue du large ou d'ailleurs, elle venait lui voler, sans y être invitée, ses petits plaisirs habituels. Ressentait-elle les mêmes voluptés, les mêmes griseries ? Il se prit à jalouser le satin de sa peau de femme qui, sans nul doute, devait vibrer avec plus de sensualité que la sienne au moindre attouchement de la brise matinale.
Mais elle était si belle, se délectant apparemment de tout ce qu'il avait cru bon de s'approprier, qu'il eut un mouvement de retrait ! Il aurait été indécent de la déranger. Il se contenta de s'asseoir en haut de la sente pour ne pas l'effaroucher en lui révélant sa présence. Il aurait aussi bien pu remettre à plus tard sa visite à la crique et se retirer sur la pointe des pieds, mais il était subjugué par le spectacle charmant qu'elle lui offrait. Elle avait envahi son espace ?…Eh bien, il eut brusquement envie de le partager avec elle !
Il ne regardait plus la mer, ni les mouettes faisant du rase mottes sur le fil des vagues. Il ne voyait que ce corps de femme, ou de Sirène, qui s'offrait à son regard. Il ferma un instant les yeux pour mieux mémoriser cette sensuelle apparition. Un trouble indéfinissable s'était emparé de lui. Il se laissa bercer par cette houle nouvelle. Il fit un rêve...
L'Ève qui avait emprunté son Jardin d'Eden, était devenue tentatrice. Elle s'était redressée. Elle secouait la tête de gauche à droite pour chasser le sable de ses longs cheveux roux. Même ce geste si banal était devenu sensualité. Ses jolis seins, à peine retenus par le haut de son bikini, oscillaient avec grâce, comme le balancier de la vieille pendule qui trône dans le salon de Julien. Ils commençaient à rythmer, de minute en minute, les vagues de désirs de moins en moins inconscients qui s'emparaient de lui. Il ne lui en voulait plus. Il avait plutôt envie de la remercier de son intrusion. Elle animait avec tant de grâce son espace !
Aussi curieux que lui, le soleil, tout à l'heure encore à l'affût derrière la pointe des Guêts, n'avait pas hésité à darder quelques rayons malicieux sur cette créature de rêve, qui devenait, comme par enchantement, ombre et lumière. Il se faisait un malin plaisir à souligner ainsi les galbes de sa féminité. Il était devenu le complice de Julien, en mettant en relief les charmes encore cachés de ce corps offert à sa convoitise.
Féline, elle s'était levée d'un bond. Son regard s'était posé sur lui. Il était découvert ! Elle n'allait tout de même pas le chasser en le prenant pour un vulgaire voyeur ? Qu'y avait-il de mal à contempler cette beauté que le Ciel avait bien voulu mettre sur son chemin ?
Non ! Il pouvait être rassuré. D'ailleurs, elle lui faisait signe d'approcher de la manière la plus naturelle du monde. Il accéda à son invite en essayant de cacher le trouble un peu trop visible qui s'était emparé de lui. Son sourire était engageant… Aucune perversité dans son regard… Elle paraissait aussi désireuse que lui de lier connaissance. Le hasard avait bien fait les choses : tous deux se sentaient déjà complices.
Qu'il est long le chemin qui sépare deux êtres en quête de découvertes !… Qu'il est parfois perturbant ! … Julien était à la fois impatient de concrétiser ce premier contact et bouleversé au point d'avoir envie de s'enfuir, comme un intrus débusqué aux premiers assauts de ses rêves. Elle dut comprendre son hésitation. Elle avait fait les premiers pas sur le chemin qui les séparait et elle était maintenant si proche de lui qu'il sentait tous ses parfums de femmes venus le prier de ne pas reculer. L'aurait-il voulu qu'il ne l'aurait pas pu . Elle était devenue, pour ses sens, source chaude, prélude inattendu de ses désirs inavoués. Ses caresses étaient porteuses de tous les frissons. Ses baisers au goût de miel attisaient ses ardeurs. Sans qu'ils aient eu besoin de se communiquer leurs attentes, le charme avait opéré !… Tout était enchantement dans leurs gestes amoureux. Il sentait son cœur chanter contre le sien. Les mots étaient désormais inutiles. Leurs corps connaissaient par cœur la mélodie du bonheur qu'ils avaient entrepris de fredonner ensemble.
Le rêve s'était tout à coup évanoui. La Sirène avait replongé dans l'océan de son oubli. Il ne restait plus sur la plage que l'illusion de la marque creusée par leurs deux corps qui auraient pu s'y aimer. Des sillons de bonheurs partagés, dessinés dans le sable, lui faisaient penser que les vagues de leurs élans s'étaient confondues avec le ressac de la mer.
Il fit le vœu que la marée montante puisse lui ramener, même en rêve, par un beau matin d'été, cet amour fugitif qu'il n'attendait pas...
Sirène échouée sur le sable, ou fille du hasard ?… Illusion ou réalité ?… Sa douce inconnue, réelle ou virtuelle, lui avait redonné le goût d'aimer !
Crépuscule d'un amour
La nuit était tombée. Le crépuscule avait peu à peu fini de dévoiler ses mystères. Comme une mer étale, un silence étonné envahissait l'espace. Alors, après avoir respecté cette trêve, le monde des ténèbres reprenait ses droits. Dans un premier temps, ce n'était qu'une manifestation diffuse de mille petits bruissements émanant de cet environnement modifié. Des abords de l'étang, montait crescendo le coassement des rainettes rassurées par la protection de l'ombre. Comme en écho à ce concert improvisé, la faune et la flore entonnaient timidement leur mélodie vespérale.
Il était resté là, dans l'attente du moment. Il aimait ces heures indécises qui savent ramener la paix après les tapages du jour. Il frissonna sous l'effet de la légère brise qui venait de se lever et se recroquevilla un peu plus sur son banc. Les eaux dormantes se paraient d'étranges frissons, agacées par le souffle du vent. Qu'elle était douce cette liberté qu'il était venu chercher là, comme à un rendez-vous d'amour, dans le but d'échapper à la routine quotidienne !
Il ferma les yeux. Des ombres imprécises jaillissant de ses souvenirs avaient élu domicile dans son esprit devenu réceptif. Il aurait pu accrocher une anecdote sur certains, mais, dans l'instant, il préférait se laisser bercer par leur sarabande indiscrète et désordonnée. Un moment de paix… Un moment où l'on se refuse à penser… Un moment précieux, propice à une muette méditation qui n'a que le nom que l'on veut bien lui attribuer et qui, en fait, n'est qu'un instant de silence réparateur… Un moment de liberté, en quelque sorte !… Son moment de liberté !…
Au dessus de sa tête, le bruissement des arbres avait masqué l'approche de "l'intruse". Elle était maintenant devant lui, étonnée de le trouver là.
- Que fais-tu là, à cette heure, assis sur ce banc ? Ne crois-tu pas qu'il serait temps de rentrer ?
Il se redressa d'un bond. Le charme était rompu. Il fronça les sourcils avec agacement, comme s'il était en présence d'une apparition dérangeante. C'était pourtant sa femme ! Bien des années auparavant, il lui aurait sauté au cou pour se réfugier dans la douce chaleur de son giron, mais les années avaient passé.
Elle était là, devant lui, comme un reproche personnifié venant lui voler ses quelques moments de quiétude et de liberté. Il n'eut pas envie de lui répondre. Il replongea dans son engourdissement, la laissant plantée là, comme s'il la considérait comme "une quantité négligeable".
Etait-ce le crépuscule d'un amour ? Même pas ! Comme une laborieuse araignée, une tacite indifférence avait tissé sa toile autour le leur complicité de jadis, jusqu'à l'étouffer d'une façon quasi irréversible.
Solange avait réussi à s'accommoder des humeurs de son mari. Ce n'était pas de son fait cette indifférence qui les reléguait tous les deux dans une espèce de cohabitation plus ou moins acceptée. Plus sensible et plus perspicace, elle avait senti le vent venir. Il était comme cela, son Julien de mari !
Lui, on aurait dit un oiseau qui n'arrive pas à se poser, qui bat de l'aile à deux doigts du bonheur, hésitant à reprendre son vol, effarouché ou agacé par une main qui se tend, par un geste dont il n'arrivait pas à capter le vrai sens.
Elle, toujours sur ses gardes, toujours fuyante, comme si elle avait peur d'affronter la réalité d'un amour qui se meurt, peur aussi peut-être de lui dévoiler ses intimes attentes.
- Bon ! A plus tard. Moi, je rentre.
Julien ne leva même pas les yeux pour accompagner du regard cette femme devenue docile " par destination " et qui maintenant disparaissait dans l'ombre de l'allée menant à leur demeure, avec ses frustrations et ses rancœurs. Pourtant, ce soir, elle paraissait calme et résignée. Julien avait de la chance qu'elle continue à se glisser dans son ombre, comme une chatte apparemment soumise.
Il frissonna. La fraîcheur de la nuit avait fini par se repaître des dernières douceurs du crépuscule. Au bout d'un moment, il se leva, réajusta l'écharpe qui pendait à son cou et se dirigea vers la maison.
Lorsqu'il y pénétra, il eut un moment envie de se réconcilier avec son banal quotidien. Solange avait jeté une brassée de sarments sur les braises mourantes dans l'âtre de la grande cheminée du salon. Les flammes vacillantes jetaient maintenant sur les murs des ombres incertaines, tout en se jouant avec les quelques objets familiers qui composaient le décor et rendaient plus intimes cette pièce sans âme. Il huma la bonne odeur de soupe, qui s'échappait de la marmite en attente sur le coin de la cuisinière.
Solange apparut dans l'encadrement de la porte donnant sur le couloir. D'un ordinaire plutôt négligé, vu le peu d'intérêt que Julien semblait lui porter, elle avait enfilé, ce soir-là, en l'attendant, un peignoir de satin bleu nuit, libéré ses longs cheveux bruns qui s'étalaient désormais sur ses épaules à demi dénudées. Une insolite sensualité se lisait aux commissures de ses lèvres. Elle avança vers lui sûre d'elle et presque provocante. A chaque pas, le léger tissu s'ouvrait, laissant apparaître le galbe d'une cuisse. Elle était encore appétissante malgré la cinquantaine. On aurait dit qu'elle voulait se rappeler au bon souvenir de son mari, lui imposer ses envies de femme, voire tester une séduction devenue pour elle incertaine. Elle semblait vouloir s'offrir à lui, comme par bravade, comme pour jeter le trouble au plus profond de cet homme devenu absent, comme pour s'insinuer malgré tout dans son espace de liberté.
Julien s'approcha d'elle… Il la connaissait par cœur… Il savait comment il fallait la prendre dans ces moments-là. Oui, la prendre par surprise, s'il ne voulait pas la voir se dérober, satisfaite d'avoir réveillé en son homme de sourdes envies !…
Solange recula devant cette offensive aussi subite qu'inattendue et néanmoins espérée. Elle trébucha contre le rebord de la table. Julien profita de cet avantage pour la basculer sur ce lit de fortune. Elle se laissa faire. Qui aurait pu lire dans ses yeux la vraie raison d'un abandon aussi facile ? Avec un air faussement indifférent, elle se débarrassa de tout ce qui allait pouvoir faire obstacle à cette possession que son corps désirait encore, même si son esprit chagrin lui commandait de résister. Elle s'ouvrit à lui sans un mot. Seul un léger soupir marqua le moment de sa reddition. L'assaut avait été aussi violent que bref. Elle remit de l'ordre dans sa tenue, renvoya en arrière sa chevelure en désordre et, comme si rien ne s'était passé, se dirigea sans un mot vers un coin de la cuisine pour finir de préparer le repas du soir.
13 octobre 2007
Une rencontre particulière
C’était une belle journée ! Le soleil était de la partie. Non seulement il semblait donner plus de couleurs et de reliefs sur les murs de la ville qui dévoilait ses mystères au fur et à mesure de l’approche, mais aussi dans le cœur de Julien roulant vers un inconnu qu’il espérait plein de promesse. Chaque feu rouge retardait le moment de la rencontre et suscitait en lui des impatiences qu’il n’arrivait pas à analyser. Enfin le parking indiqué sur le plan était là : il s’y engouffra et chercha à se garer, puis il se dirigea vers la vieille ville. A quelques pas de là, c’était le lieu du rendez-vous. Il allait enfin se trouver face à face avec cette amie qu’il avait connue par le biais d’une correspondance les ayant spontanément rapprochés.
Il était sûr de pouvoir la reconnaître. Elle faisait déjà partie intégrante de « son jardin secret ». Quand il se retourna, elle était là devant lui, comme une apparition, souriante et détendue. Le rêve devenait réalité. Dans sa tête dansait la promesse qu’ils s’étaient faite l’un à l’autre. Ce n’était pas un rendez-vous de futurs amoureux, ou la simple tocade de deux êtres désireux de concrétiser une approche plus sensuelle. Elle venait vers lui pour tenter de partager une amitié mutuellement désirée et consentie. C’était sans équivoque. Mais Julien était sous le charme. N’était-elle pas trop belle pour ne lier avec elle que des liens amicaux ? Elle était terriblement féminine. Qu’y avait-il derrière ces yeux pleins de sourires en attente ?
Premier baiser amical. Puis il se laissa guider par elle dans le labyrinthe des ruelles tortueuses de la vieille ville, tout en devisant déjà comme des complices de longue date. Malgré sa réserve, Mireille semblait s’être muée en une gentille sorcière qui déjà l’entraînait sur son tapis volant ! Julien, au passage, avait fait escale sur un petit nuage et n’avait pas envie d’en redescendre. On aurait dit un joli début de poème où le mot « solitude » venait de lui-même s’exclure de ses rimes. Julien avait enfin retrouvé le sourire de ses meilleures années. De temps à autre, Mireille jetait un regard furtif sur cet homme qui avait envie de partager un peu de son intimité. Apparemment, elle semblait heureuse des caprices du hasard qui les avait fait se rencontrer.
Le temps semblait s’être arrêté alors que les minutes et les heures défilaient sournoisement, comme si elles voulaient écourter les premiers balbutiements de leurs échanges. Ils s’étaient attablés à la terrasse d’un petit restaurant aussi discret que possible, indifférents au va et vient de la rue, où seul le cliquetis des talons de femmes sur les vieux pavés résonnait comme une musique. Les mots échangés devenaient peu à peu comme une caresse faisant vibrer les cordes intimes de leurs âmes.
Parfois, dans nos vies, un oasis de paix surgit comme un mirage au beau milieu de nos illusions perdues ou espérées. C’est un cadeau du Ciel. Il faut savoir en mémoriser l’instant et en goûter toute la fraîcheur. Ces moments sont si rares ! Des cœurs qui s’ouvrent comme une promesse… Des instants privilégiés que l’on n’attendaient plus… Un baume qui cicatrise en un temps record les blessures les plus profondes de nos coeurs…. Tout au long de sa vie, Julien avait en vain recherché l’amour et il découvrait, grâce à Mireille, des attaches plus authentiques : celles de l’amitié ! C’était le début d’une belle histoire. Il en vivait les prémices dans un état second. Trop beau pour être vrai…. Trop insolite cette amie tombée du Ciel qui venait balayer par son charme une solitude trop pesante…. Trop irréelle cette perspective de voir enfin sa vie prendre un autre sens….
Déjà la journée s’achevait. Mireille et Julien regagnèrent respectivement leur quotidien. Pas une fausse note tout au long de cette journée pleine de charme. Le prochain rendez-vous était déjà pris, ce qui balayait l’ombre d’un premier regret.
* *
Mireille avait accepté de poursuivre l’échange, à la découverte de cette amitié quelque peu insolite. Elle disait à Julien qu’elle ne croyait guère possible, au fond d’elle-même, une réelle amitié entre une femme et un homme. Pourtant elle semblait désireuse de tenter cette expérience particulière. Le dialogue ébauché, la semaine précédente, pouvait donc se poursuivre.
Le petit restaurant du premier jour avait laissé sa place à un autre. Qu’importe le lieu ? Le charme venait d’ailleurs. Ils étaient visiblement heureux de se retrouver.
Terré trop longtemps dans sa solitude et en confiance avec sa nouvelle amie, Julien se laissa emporter dans la griserie des confidences. Mireille semblait attentive et acceptait avec gentillesse ce déluge de mots. Etait-ce raisonnable de trop se livrer si prématurément ? N’était-ce pas trop tôt ? Il la connaissait à peine. Le bon vin et la bonne chaire aidant l’invitait à l’euphorie que l’on ressent lorsque l’on peut enfin se confier à quelqu’un. Il lui parla longuement de son passé, de sa solitude morale, de ses échecs et de ses succès sentimentaux et amoureux, de ses regrets aussi d’être passé malgré lui à côté de l’essentiel à cause d’une éducation trop rigide qui l’avait mis en porte à faux avec la réalité de la vie. On aurait dit qu’il lui fallait à tout prix se justifier devant elle de ses propres échecs pour pouvoir accéder à sa confiance.
La solitude, lorsqu’elle trouve enfin une faille pour s’échapper de notre « moi » le plus profond incite souvent aux confidences les plus débridées. Avoir enfin quelqu’un à l’écoute, comme Mireille, ce soir-là ! Contrairement à lui, elle préférait rester sur sa réserve. Elle parlait peu. Elle était devenue soudainement plus grave. Julien aurait dû se méfier et limiter ses bavardages. Il aurait dû peut-être être moins égoïste et se pencher un peu plus sur elle pour extirper de ses silences des confidences révélatrices. Peut-être n’attendait-elle que cela ?
Déjà le crépuscule commençait à envahir l’espace. Julien eut le pressentiment que l’ombre sournoise venait aussi jeter le trouble sur l’harmonie fragile de leur amitié récente. Ils étaient sortis du restaurant et marchaient en silence le long des allées. Mireille s’arrêta près de sa voiture et se tourna vers Julien. Le sourire qu’elle lui adressa était à la fois chargé de gentillesse, de gravité, voire d’un soupçon de reproche. Comment analyser ce qu’elle pouvait ressentir ? Elle était si secrète ! Néanmoins, elle s’approcha de lui et l’embrassa en lui souhaitant, sans plus, un bon retour. Puis Julien la laissa partir et regarda son 4x4 s’éloigner dans le mystère de la nuit.

