Le blog de Jean CAMPION

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13 octobre 2007

Notre jeunesse

A l’occasion de mes 70 ans.

Des souvenirs charmants, mais souvent imprécis, surgissent de notre plus tendre enfance. Chose curieuse, certains échappent à la règle et se figent dans notre esprit d’une façon étonnamment riches en détails. Pourquoi ?… Ils ne semblent pourtant pas d’une importance extraordinaire.

*    *

C’est ce petit appartement triste et démodé, à deux pas de la Butte Montmartre, dont les détails sont désormais confus : il y a si longtemps et nous étions si jeunes ! Il m’est resté de ce temps-là une tendresse inexplicable pour ce quartier de Paris. Par la suite, nous y retournions souvent, invités par nos deux tantes, vieilles filles inséparables, qui nous invitaient à la moindre occasion. Elles nous ont appris à découvrir le charme de ces rues grimpant à l’assaut de cette colline légendaire, comme la rue Lepic encombrée de ses marchandes des quatre saisons. Dans son axe se profilait le Moulin de la Galette. Plus haut, la silhouette du Sacré Cœur nous attirait. C’était toujours une fête d’y accéder en empruntant le vieux funiculaire agrippé à la pente, à moins que nous ne préférerions surfer sur les rambardes qui, au beau milieu de l’escalier, étaient là, comme par hasard, pour mettre à mal le fond de nos culottes courtes. L’église Saint Jean doit se souvenir de quelques recueillements spontanés surgis de nos âmes toutes neuves. Nous aimions la fraîcheur de ses voûtes et le curieux apaisement que nous ressentions en ces lieux.

C’est aussi un coin de Bretagne. Il faisait bon y passer les vacances. La grève au sable orné de goémons posés en guirlande au gré de la marée montante était le théâtre de nos jeux. La cousine Marie nous y conduisait par le petit chemin bordé de haies de mûriers qui dévalait du bourg vers la mer. Nous noircissions nos doigts à la cueillette de leurs fruits gorgés de soleil. Au travers de ces buissons, on apercevait des champs de blé ondulant sous la caresse du vent venu de la baie.. Nous longions les murs du cimetière, indifférents aux ancêtres endormis dans leur tombe presque marine. Une faune tapie dans les buissons improvisait des chants, comme pour mieux nous accueillir dans ce coin de nature si parlant à nos sensibilités d’enfants.

Aujourd’hui encore, les senteurs de ces paradis semblent nous poursuivre : celles des pavés de Paris et l’atmosphère moite de ses ruelles, dans un mélange et une alchimie bien particuliers. Celles des fleurs de champs et des genêts de la lande, le parfum iodé venu de la mer, l’odeur des vieux meubles bretons, seule richesse de la petite maison de granit de la cousine Marie, comme celle qui émanait de la boulangerie du bourg à l’heure où les rondes miches de pain de campagne sortaient chaudes et craquantes du four.

Ce ne sont que des petits riens accrochés à notre mémoire, mais ils font partie de notre patrimoine personnel. Souvent nous repensons à nos jeunes années si pleines de simples petits bonheurs. Ils ont contribués à nous donner un précieux départ dans la vie parce qu’ils n’étaient emprunts d’aucune malice et parce qu’il n’y avait aucune influence extérieure pouvant troubler notre petit monde en pleine éclosion. C’était un cocon douillet qui suffisait à nos exigences du moment. Une simple « animalité » nous faisait rechercher des sensations aussi naturelles qu’indispensables à notre soif de découvertes. Nous regardions curieux les premières manifestations de la vie qui se présentait à nous riche d’interrogations, sans nous douter un seul instant qu’elles étaient les prémices de notre « moi » profond.

Nos jeunes années !… Même si le cadre était un peu rigide parfois dans cette famille attachée à tous les grands principes et soucieuse de nous transmettre les exigences d’une religion dont la trame était pour nous encore mal définie, nous étions  tout de même, malgré nous,  familiarisés avec cette ambiance quelque peu austère pour notre âge : la messe du dimanche et la prière du soir après le souper faisaient partie du folklore… Somme toute, nous étions satisfaits de notre sort et incapables d’établir le moindre parallèle, positif ou négatif,  avec le monde extérieur auquel nous n’avions pas tellement accès.

Quoi qu’il en soit, les graines étaient semées et les tiges folles d’une jeunesse qui s’affirme allaient bientôt encombrer un sillon trop parfaitement tracé. A peine sortie de terre, elles commençaient à frémir au vent sournois des premières contrariétés et des premières sollicitations. Dans leur fragilité, elles avaient de plus en plus de mal à supporter l’agressive lumière qui jaillissait déjà à l’aube d’un futur pour lequel nous n’étions pas encore suffisamment préparés, à l’image du phare de la pointe anticipant de son faisceau des révélations qui auraient dû rester dans l’ombre.

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Ainsi se fabriquait en moi un embryon de poète, certes aux premiers balbutiements de ses « possibilités », mais qui se voulait déjà détaché du prosaïsme du commun,… à moins que ce ne soit qu’un simple jeu. A l’âge béni des premières années se modèlent des orientations dont il sera difficile de se débarrasser plus tard. Après tout, pourquoi vouloir lutter contre des tendances qui, somme toute, ne sont pas contre nature ? Moi, j’étais plutôt du genre rêveur, comme d’autres s’obstinaient à garder les pieds sur terre. Il faut de tout pour faire un monde !

Mais voilà, il se trouve, la plupart du temps, qu’il y ait affinité plus ou moins perfide entre la poésie et le mysticisme. L’un et l’autre font partie d’un monde imaginaire qui nous captive et nous entraîne.

Petit à petit, je m’attardais sur les bans de l’église de mon village, comme si mes aspirations profondes y avaient élu domicile. C’était pour moi une manière inconsciente de m’évader d’un simple quotidien qui ne correspondait pas toujours à mes rêves. Je vibrais autant à l’écoute d’un banal cantique péniblement éructé par des bigotes invétérées que dans la satisfaction nombrylaire de coucher sur une page vierge chaque étape de mon cheminement.

Et pourtant !… Il est des chants religieux que l’on peu qualifier d’inspirés. Comme des poèmes antiques cadencés par leurs dactyles et leurs spondées, ils procurent à nos âmes des enchantements ineffables. Ils ricochent sur notre banalité pour nous propulser vers d’autres dimensions. D’où viennent ces chants ? Quels poètes ou quels génies, en d’autres temps, ont eu le privilège de les composer ? On dirait qu’ils ont été conçus pour remplacer des prières non dites. Ils sont comme une Echelle de Jacob pointée vers le Ciel inconsciemment convoité et qui nous inviterait à nous détacher des choses humaines. Il faut prendre le temps de s’en imprégner. C’est un baume salutaire qui glisse sur nos âmes pour en cicatriser les blessures. C’est dans les profondeurs des monastères qu’ils ont atteint le summum de leur perfection. Ils se déroulent alors comme une merveilleuse tapisserie dont les motifs délicats se conjuguent dans une divine harmonie. Même si dans ma petite église la chorale des gens simples ne savait pas trop les mettre en valeur, ils n’en demeuraient pas moins l’esquisse, même mal habille, d’une élévation spirituelle authentique. Qui n’a jamais été ensorcelé par la fluidité mystérieuse du chant grégorien ? Plus tard, j’apprendrai mieux à l’apprécier et à mieux le chanter, dans la solitude de mes renoncements ou de mes doutes. Mysticisme et poésie ! Cela me convenait parfaitement à cette époque. Qu’en est-il maintenant ?

Insidieusement, les « Salve Regina » ou les psaumes modulés par ce que l’on pourrait appeler « la musique de anges » étaient capables d’élever nos âmes et imprimaient en nous leurs marques indélébiles. Oh, ce n’était certes que par des petites touches confuses. Qu’en reste-t-il ? Aujourd’hui encore, nous nous surprenons à fredonner ces airs, comme une nostalgie nécessaire capable de rafraîchir nos âmes malmenées par les aléas de la vie. Sans eux, nous ne serions pas ce que nous sommes devenus.

Est-ce un incroyable don du Ciel d’avoir été bercé dans cette ambiance, ou un obstacle supplémentaire dans la construction de notre devenir ? Qui pourrait répondre à cette question ? Personne !

Aurions-nous aimé être différents ? Aurions-nous préféré ne pas être les bénéficiaires de ces révélations ? Ils nous ont quand même apporté le charme et le goût d’une poésie particulière. L’envie de se rapprocher un peu plus de cette petite lumière qui frissonne au coin des Tabernacles… L’envie de faire un pas de plus vers l’Eternel Absent qui y avait élu domicile et dont on nous avait promis de faire la connaissance « si nous étions sages » ! A cet âge, nous étions loin de penser que cette petite lampe rouge qui nous fascinait pouvait signifier « danger ». A cet âge, nous ne connaissions pas encore « le code ». Il eût été peut-être préférable de faire une pause avant d’approcher cette balise ambiguë. La Présence trônant au milieu de l’autel était sans aucun doute bien réelle et ne constituait pas en elle-même une menace, mais nous ne pouvions pas nous douter que certains Pharisiens du Temple étaient en embuscade derrière les piliers de leurs sanctuaires.

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Ce ne sont que des impressions jalonnant un vécu aux fluctuations aléatoires. J’ai choisi, au seuil de mes soixante dix ans, quelques souvenirs d’enfance, parce que ceux-là avait au moins le mérite de faire partie des plus jolis. Quant aux autres, je ne veux pas en parler aujourd’hui. Vous prenez tous ces ingrédients qui ont servi à vous façonner tels que vous êtes. Vous les secouez avant de les lancer sur la piste d’un quatre vingt et un aléatoire…. Le résultat ?… Vous n’en êtes pas maître.

Ainsi va la vie. Elle se charge de nous apporter bien des bonheurs et tant des désillusions !

Une dernière pensée pour ceux qui nous ont quittés. Je les sens présents autour de cette table. Un sourire amusé au coin des lèvres, ils semblent nous dire que nous avons bien raison de faire la fête. Si quelques coupes de Champagne disparaissent durant ces agapes, ne cherchez pas ! Ils voulaient simplement venir trinquer avec nous !…

9 JUILLET 2000

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21 octobre 2007

Une éducation particulière

Les années maudites

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C'était la guerre, avec son cortège de privations et d'incertitudes. Ajoutez à cela une "incarcération" trop précoce entre les murs de ce pensionnat et vous aurez un tableau fort peu idyllique de ce qu'allait être ma vie durant ces quelques années.

Les premiers jours, je me suis perdu dans d'interminables couloirs conduisant aux salles de classe et aux dortoirs. Chacune et chacun étaient la réplique fidèle de l'autre, d'étage en étage, si bien qu'y trouver ses repères devenait un véritable cauche­mars... Nous allions être six cent à vivre dans cette ruche, dans le bourdonnement à peine feutré de nos premiers cafards. L'encadrement se voulait rassurant, affublé de noires soutanes et de cols à rabat blanc qui les faisaient ressembler à des pies: c'était les "Frères des Ecoles Chrétiennes"... Pour­tant, elles n'étaient pas très bavardes, ces pies, et se contentaient de sautiller d'un point à un autre pour maintenir l'ordre dans nos jeunes rangs complètement décontenancés par ce nouvel environnement...

Le cordon maternel était coupé... L'accouchement n'avait pas été sans douleur: pour la mère, je ne sais pas, mais pour l'enfant, c'était certain. Loin de nos familles, mon frère et moi, nous étions livrés à des étrangers chargés de nous éduquer, à défaut d'être capables de nous apprendre à de­venir de vrais hommes, comme il aurait été de bon ton... Cela aurait été trop leur demander, à ces êtres châtrés mora­lement et sevrés physiquement, acceptant une ligne de conduite contre nature pour mieux accéder aux Félicités Eternelles.... Le "temporel" ne devait pas compter... S'ils s'étaient au moins contentés de garder pour eux leurs préceptes douteux!... Eh bien, non... Ils s'étaient donné pour mission d'en "gaver" les jeunes oies que nous étions... On pouvait leur faire confiance: ils excel­laient dans cet exercice... Ils avaient d'ailleurs été programmés pour cela... Projetés brutalement dans cet autre monde et insuffisamment préparé pour l'affronter, nous n'étions pas encore conscients du travail de sape qu'ils allaient entreprendre sur nos âmes perméables. Au début, on aurait pu croire que ce n'était que la continuité de l'application des principes d'éducation imposés au sein de nos croyantes familles, mais au fil des jours nous allions nous retrouver enfermés dans un cercle infernal.

Délaissant ceux qui n'étaient pas assez dociles, ou pas assez malléables, ces pies voleuses allaient bientôt partir en chasse afin de s'accaparer les trésors cachés dans cer­tains esprits plus curieux que les autres, pour, en véritables alchimistes, les trans­for­mer en joyaux de pacotille. D'ordinaire, c'est l'inverse qui se produit... Ce qui dé­montre bien que ces oiseaux de malheur avaient le sens des valeurs pour le moins in­versé.

Saint Nicolas, c'était le nom du pensionnat. Qui était donc ce saint?... Un Père Noël de remplacement exerçant son négoce dans certains pays, comme dans cet enclos particulier... Quels jolis cadeaux pouvions nous espérer de lui?... Nous n'allions pas tarder à le savoir!...

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Les journées s'égrenaient tant bien que mal avec leur cortège de peines et par­fois de petites joies, mais comme une litanie de mots inlassablement répétés. Pour ce qui était de l'enseignement, il faut avouer qu'il était de qualité. Bien sûr, chaque début de cours, comme les actes les plus banals de notre emploi du temps, était précédé par une inévitable prière... Il fallait bien demander au Saint Esprit de nous aider un peu!... Sans lui, peut-être serions-nous restés des cancres invétérés! Pourtant, je prenais goût à ces poses spirituelles. Elles me permettaient de retrouver une certaine sérénité...

Rapidement, de nouvelles mélodies allaient également trouver grâce à mes oreilles... C'était ces chants, déjà évoqués, qui commençaient à couler sur mon âme comme un baume salutaire. J'apprenais à les exprimer comme ils méritaient de l'être, assidu aux répétitions du maître de la chorale qui m'avait élu parmi ses membres. Peu importe la présence ou non des paroles latines venues se coller sous les portées à qua­tre lignes, au gré des petites notes noires et carrées qui ondulaient dans cet espace réservé: l'harmonie dégagée de ses airs ancestraux se suffisait à elle-même. C'était une prière épurée de toute connotation orientée... C'était une poésie qui aurait pu être à la fois spirituelle ou païenne. De l'ombre de mes angoisses quotidiennes, surgissaient ainsi des petits bonheurs que j'apprenais à garder jalousement, comme des fleurs nou­vellement écloses dans la fraîcheur de mon jardin secret.

Je n'ai pas envie de raconter en détail l'emploi du temps minutieusement pro­grammé pour chaque jour de la semaine. Cela deviendrait pour vous aussi ennuyeux que l'était son contenu... Le dimanche, je m'évadais de ma geôle pour aller retrouver un peu de cette chaleur familiale que je n'avais pas su apprécier jadis. En cela, la sépara­tion apportait quelque chose de positif. En ces temps particuliers de l'occupation, nous n'avions que très peu de moyens pour nous déplacer. Alors, c'est à bicyclette que j'ef­fectuais le trajet aller-retour, ce qui représentait pour mon petit vélo une véritable per­formance de quelque cinquante kilomètres. Au retour, à la sortie de Rueil-Malmaison, en guise de dernière épreuve, se dressait, comme l'ultime pente d'un calvaire, une côte sévère qu'il me fallait gravir, les mollets noués par la fatigue et la mort dans l'âme à l'idée de voir se refermer sur moi les grilles de la pension.   

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Sorti de son terrier par je ne sais quelle boulimie incontrôlée, on le voyait rôder autour de nos classes... Laid, trapu, les yeux fuyants comme une fouine, voûté par un excédent d'années, le jabot en désordre, il se tenait en embuscade dans les couloirs, prêt à fondre sur la première proie accessible... Il avait toutes les priorités. Il lui suffi­sait de venir gratter à une porte pour obtenir le droit de passage... S'il était l'envoyé de Dieu, il ne l'était que pour tenter d'augmenter le nombre des "pies" dans la volière de ses con­génères... On le désignait sous le nom de "Frère Recruteur"!... Tout un pro­gramme!...

Avec plus de recul, je me prends encore à le comparer à je ne sais quel sombre sbire de l'Inquisition. L'image n'est pas trop forte. Il proclamait à qui voulait bien l'en­tendre que si nous voulions être sauvés, il nous fallait nous donner à Dieu. Mais atten­tion!... Pas n'importe comment!... En nous enrôlant dans "l'armée des Frères des Ecoles Chrétien­nes"... exclusivement!... Il avait beau être "jobard", certains de nous étaient attentifs à ses prêches,... moi le premier... Et c'est ainsi que je fus piégé. C'était indis­cutable, j'avais la vocation. Aucun doute n'était permis. S'il y avait doute en mon esprit, ce ne pouvait être que de la faute de Satan qui s'acharnait à m'écarter de la bonne voie... Je devais donc entrer au Noviciat pour pouvoir prétendre au Salut promis. Cette his­toire est tellement incroyable que j'ai peur que vous ne mettiez ma parole en doute si je vous dis que les faits sont strictement authentiques.

Ainsi, même s'il était évident que j'avais été influencé dans mon choix, j'étais l'élu de Dieu et je commençais à envisager une vie calquée sur celle de mes éduca­teurs. J'en parlais à l'aumônier du pensionnat. C'était un homme direct, plutôt avec des idées d'avant-garde, mais il était avant tout de bon conseil. Tout de suite, il soupçonna la ma­nipulation. Il me conseilla de réfléchir. Peut-être avais-je la vocation religieuse, mais pas obligatoirement orientée dans ce sens. Peu à peu, je penchais vers la pers­pective d'entrer, l'année suivante, au Séminaire pour me faire prêtre, plutôt qu'au No­viciat. Cette décision déchaîna les foudres du Frère Recruteur. Fou de rage d'avoir perdu un élément de sa sélection, il allait agir contre le perturbateur. L'aumônier fut renvoyé du pensionnat... Sans commentaire!...

Quand je repense à ces années, je suis bien obligé de me rendre à l'évidence que j'étais un être fragile. J'avais tendance à me démarquer des autres par des aspirations dont je ne soupçonnais même pas la portée. Afficher des prédispositions aussi nobles me valorisait aux yeux des autres. Il avait suffit que je subisse une influence extérieure, bercé dans une ambiance favorable, pour me laisser entraîner vers des renoncements incompatibles avec ma propre nature. Les sollicitations de la chair étaient encore trop ténues pour modifier mes élans vers ce don de moi-même. Personne n'avait eu l'à-propos de m'initier à la signification réelle du mot "amour": le "don de soi" avait-t-il un sens restrictif?...

C'est à partir de ce fait divers que j'ai commencé à perdre le sens des richesses                                                                                                étalées dans l'éventail des vraies valeurs. J'allais devenir un robot programmé unilaté­ra­lement. Il me serait dorénavant très difficile d'explorer les autres pistes pou­vant me permettre d'être en harmonie avec moi-même.

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On emploie souvent l'expression: "aller de mal en pis"... Pardonnez-moi ce ca­lembour pas très reluisant: pour moi, il était clair que je passais de "pie en corbeau". J'abandonnais l'influence des "Frères", pour me soumettre à celle des "Curés"... Etait-ce vraiment une promotion?... A cette époque, je le croyais. L'année suivante, j'entrais au Petit Séminaire.

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C'était un après-midi d'automne qui marquait de son empreinte grise et frileuse cette rentrée des classes bien particulière. Ma mère et moi attendions d'être reçus, assis dans le parloir du Petit Séminaire.

On pouvait apercevoir au travers des grandes baies vitrées les nuages bas qui défilaient dans un ciel tourmenté. Les marronniers de la cour s'ébrouaient de leurs feuilles périmées, jaunies pas les premiers frimas. Il régnait dans cette vaste pièce une atmosphère lourde d'ennui. Contre le mur du fond, le Grand Crucifié étendait ses bras, comme pour attirer d'éventuelles recrues vers le "Sacrifice Suprême". Je me taisais. Dans ma tête se bousculaient des impressions contradictoires. J'étais à la fois heureux d'être là et terriblement affecté par le caractère sinistre des lieux.... A la dérobade, je regardais ma mère figée dans une attitude compassée et impénétrable... Le Sphinx paraissait insensible aux oracles de la Pythie... Elle était là, tout simplement, drapée dans son indifférence, obéissante et soumise... Dieu avait réclamé son fils?... Comme Abraham, elle en acceptait le sacrifice et l'accompagnait, sans sourciller, au pied de l'autel de l'immolation. C'était pourtant un geste d'amour qu'elle accomplissait!... Alors, pourquoi ne tentait-elle pas d'extérioriser ses sentiments profonds?... Toujours cette même froideur!... Au moins, en ce jour si particulier, ne pouvait-elle pas laisser filtrer quelques molécules de tendresse?... C'est vrai qu'elle n'avait jamais été le genre de femme à se livrer à des marques d'affection!... Je m'en sentais frustré. Dans mon costume bien propre et bien austère de postulant au sacrifice, je calquais sur ma mère une même rigidité désolée... La mort dans l'âme, "j'entrais en religion"... Cela ne présa­geait rien de bon... Le mal était en route: rien ne pourrait désormais stopper sa pro­gression. J'aurais dû me lever et m'enfuir de ces lieux en claquant la porte, mais au fond de moi, une voix me disait que c'était le prix à payer pour mériter l'honneur d'avoir été choisi...

Aujourd'hui encore, je demande pardon à ma mère de m'être permis de la mal juger, en cette sombre journée. N'étais-je pas le premier responsable de son compor­tement?... Peut-être souffrait-elle en silence?... Au fond, nous étions de la même trempe et je ne lui avais pas non plus facilité le dialogue. Elle était comme cela, ma mère, tout simplement.

Il s'est avancé vers nous, le Père Supérieur... Il a dû accomplir pour nous, comme pour les autres postulants, les mêmes gestes et prononcé les mêmes paroles. Je ne m'en souviens plus très bien... Il ne fallait pas attendre de lui quelqu'affectueuse sollicitude... Pour avoir appris par la suite à mieux le connaître, il est clair que ce n'était pas son genre... En ce qui concerne l'amour, nous n'étions certainement pas sur la même longueur d'ondes. Ranger au fond de mes solitudes mes propres sentiments, allait faire partie des enseignements qui me seraient prodigués.

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J'ai vibré sous la caresse des quotidiennes prières. Je me suis ennuyé parfois à m'y soumettre. J'ai caché mes angoisses sous les draps rugueux de mon lit, dans l'im­mense dortoir qui m'était dévolu. Dans ce lit, j'ai aussi connu des tentations bien légi­times dues aux bouillonnements intimes d'une adolescence qui s'affirme. J'ai appris à connaître, tout au long de ces années, le goût pernicieux du sacrifice. C'était des flagel­lations morales qui m'étaient devenues nécessaires et pour lesquelles j'éprouvais un certain plaisir. Les voûtes de la chapelle me sont devenues familières. J'aimais venir y méditer sur l'in­croyable parcours que j'avais bien voulu emprunter. Inquiet, quelques fois, j'y deman­dais à Dieu d'écarter les doutes qui s'insinuaient en moi. Re­pensant aux petites expériences amoureuses dont j'avais été gratifié, j'établissais des parallèles en­tre les différentes façons de se donner. Alors, mon corps réclamait d'autres abandons, tandis que mon esprit m'intimait l'ordre de me cantonner à respecter mes engagements. Il m'est même arrivé quelques fois d'être heu­reux. C'était paradoxal et pourtant c'était ainsi. On s'adapte... On s'adapte d'autant plus facilement que l'on a voulu s'inscrire dans un cadre hors du commun. Le don de soi a ses exigences, mais aussi ses plaisirs morbides... En un mot, comme en cent, je me sentais un peu déboussolé et, par le biais de la prière et de la méditation, je tentais de me rassurer.

J'ai connu des amitiés qui m'ont beaucoup aidé. Mais sur ce chapitre, il fallait être prudent... Comme pour nous contraindre à renoncer à ces petits bonheurs, nos éducateurs avaient inventé un précepte que nous devions impérativement observer: "non quam duo, semper tres"... Etre surpris à converser à deux était taxé d'amitiés particulières. Une tierce personne devait être obligatoirement présente, pour nous évi­ter tout risque de sombrer dans une hypothétique pédérastie. Ainsi, nous déambulions toujours en rang par trois, que se soit au cours des promenades du jeudi, ou à l'inté­rieur de l'enceinte du Séminaire. Pour éviter toute équivoque, il était même de bon ton, peut-être pour éviter "les mains baladeuses", de circuler les bras croisés derrière le dos et de préférence, le chapelet à la main... Ces contraintes contestables pourraient paraî­tre anodines, me direz-vous, mais elles décrivaient bien l'ambiance dans laquelle nous étions plongés.

En y repensant, je comprends mieux maintenant le pouvoir des inhibitions qui s'enracinaient alors au fond de mon âme et qui devaient empoisonner toute ma vie. Vouloir prohiber le charnel, c'est vouloir nous amputer des plus belles richesses de notre nature humaine. Une caresse devient un péché, puisqu'elle peut être le prélude des plaisirs interdits. C'est du moins ce que l'on a voulu nous faire croire... Perdant le sens de la plus élémentaire logique, n'arrivant pas à fixer les limites du permis, nous prenions l'habitude de nous refermer sur nous-mêmes, dans ce que l'on pourrait appeler un "onanisme mental": la masturbation de l'esprit poussée jusqu'à l'extrême... Nous ne savions plus ce que nous étions et qui nous étions et nous nous automutilions, en vertu des grands principes. L'amitié devenait également équivoque, puisqu'elle nous projet­tait vers l'autre. Elle prenait alors l'aspect d'une main qui se rétracte pour éviter tout contact, comme à l'approche d'un feu qui se voudrait dévorant. Ce sont des multitudes de par­celles d'amour qui s'évanouissaient dans l'immensité de nos déconvenues, parce que, d'autres en avaient décidé ainsi... Je me suis fais voler mon âme par ces prêtres prématu­rément intégristes, sans m'en rendre compte, sans réagir, sans m'insurger contre ces prédateurs... Quel gâchis!...

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Durant la période de mes vacances, je restais, à distance,  malgré tout, sous le joug de mes incontournables éducateurs. Le curé de mon village prenait le relais, pour surveiller ma conduite. Il était chargé de faire son rapport. Pas question de manquer une messe quotidienne... Pas question que lui vienne à l'oreille quelques libertés non conformes à la règle, que je me serais permises... J'étais en liberté provisoire et tou­jours sous la menace d'une mise en examen.

Néanmoins, il m'arrivait d'échapper à ce contrôle. Chaque année, je partais en colonie de vacances. Malgré un âge non réglementaire, étant donné mon statut par­ticulier, j'assumais la fonction de dirigeant.

Le souvenir le plus marquant que j'en ai, se situe au cours de l'année qui suivit la Libération. Nous étions partis en Allemagne, à Bernkastel, sur les bords de la Moselle. Nous avions été accueillis dans une vaste maison de repos, à côté des ruines d'un châ­teau fort dominant toute la vallée. A notre arrivée, le personnel avait pavoisé la façade et nous attendait, comme à la parade, aligné de chaque côté du perron. La ten­tation était au rendez-vous. Tout de suite, je n'ai eu d'yeux que pour une ravissante "gretchen". Elle affichait une sensualité insolente de sauvageonne. Pour la circons­tance, elle s'était parée des at­tributs de sa région. Elle était vêtue d'un corsage blanc orné de broderies, bien impuissant à dissimuler pudiquement une gorge débordant de promesses. Une large jupe rouge assez courte, agrémentée de parements noirs, mettait en valeur des jambes et une croupe à faire damner un Saint... Appelé à rejoindre un jour cette famille spirituelle, quoi­qu'étant loin, pour l'heure, d'avoir suffisamment ac­cumulé de mérites pour y accéder, je subissais malgré moi, par mimé­tisme, la même tentation. Chose curieuse, nos regards se sont tout de suite croisés. Elle avait dû repé­rer en moi l'être fragile que j'étais, capable de succomber, impuissant, aux assauts de ses éventuelles avances. Elle allait ensorceler mon âme durant tout mon séjour. Que de nuits passées à rêver d'elle!... Son fantôme venait se glisser au creux de mon lit, aux heures les plus chaudes de mes nuits. J'imaginais son corps souple et potelé collé con­tre le mien... Le démon de la luxure prenait alors posses­sion de mes sens pour des aban­dons imaginaires criants de vérité. Hildegarde, c'était son nom, m'imposait alors sa féminité, comme si elle voulait faire trébucher mes volon­tés de renoncement aux fri­volités de ce monde.

Même sous le joug de la cruauté de ces avances non dites, le sort a voulu que nous n'en restions qu'à ces délicieuses tentations. Je crois que cette rencontre a contri­bué à me remettre en question. Je prenais de plus en plus conscience du trouble impla­cable de la séduction. L'obsession des plaisirs interdits, allait devenir un enjeu bien difficile à né­gocier... Je savais que je serais désormais à la merci du premier jupon qui passe. Je commençais à comprendre que c'était dans ma nature d'être attiré par le charme féminin. Ce qui n'était alors à mes yeux que troublantes tentations, devenait peu à peu un impérieux besoin d'aimer...

Nous avions l'habitude d'aller faire la sieste aux pieds des contreforts du vieux château. Nous aimions nous rouler sur le tapis des herbes folles qui nous offrait le galbe de sa croupe.... Nous nous enivrions des mille odeurs qui jaillissaient, comme des plaintes, de la végétation que nous avions mise à mal.... Si nos jeux étaient bien innocents, il n'en était pas de même de ceux de notre aumônier... Sous le malin pré­texte de nous imiter, il en profitait pour se frotter à quelques jeunes garçons de notre troupe trop "fleurs bleues" pour comprendre l'inconvenance de ses gestes. Nous, les plus grands, sans avoir la moindre notion de ce que pouvait être la pédophilie, nous nous sentions gênés par son attitude équivoque... Il devait compenser le poids de ses chastes voeux par la légèreté calculée des caresses sournoises qu'il prodiguait à ces jeunes corps étonnés... J'en ai ressenti pendant bien longtemps un dégoût insupporta­ble. Ainsi les sollicitations tentatrices que j'avais du mal à réprimer, ne semblaient pas poser problème à ce prêtre dénaturé qui, comme une boule lancée au beau milieu d'un jeu de quilles, culbutait sans vergogne la fragile innocence des témoins de ses actes que nous étions...

Par la suite, il a bien fallu que je me rende à l'évidence, à maintes reprises, de la véracité de ce dicton: " Faites ce que je vous dis de faire, mais ne faites pas ce que je fais "... Le tentateur avait changé de camp et c'était parfaitement inadmissible... Que cet aumônier ait taché sa soutane à l'apogée d'orgasmes défendus: c'était son affaire... Il pourrait, à la rigueur la faire nettoyer au premier pressing venu, à défaut de se purifier devant Dieu, mais il aurait été préférable qu'il s'adonne à des plaisirs solitaires "traditionnels" qui ne concernaient que lui, au lieu de semer le trouble dans des jeunes âmes sans dé­fenses. Cà, c'était impardonnable!...

Ainsi, par petites touches successives, au gré des ressacs de nos nouveaux ap­pétits, ou par des exemples sordides comme celui-ci, des notions plus ou moins confuses de sexualité s'accumulaient en vrac dans nos esprits... Qui allait y faire le ménage?... Qui serait en mesure de répondre à nos interrogations?... Dans le milieu fermé d'une éducation outrancière et bornée, il n'était pas de bon ton d'aborder ces problèmes et encore moins que nous puissions avoir la possibilité d'être guidés vala­blement sur ce chemin difficile que nous commencions à emprunter. Nous devions savoir simplement qu'il fallait chasser de notre esprit toute pensée impure engendrée par nos sens en éveil. La sexualité était l'affaire du Démon Tentateur auquel il ne fallait surtout pas prêter l'oreille, sous peine de "péché mortel"... Nous devions tendre à devenir des êtres "désincarnés mo­ralement et physiquement", rejetant le sens profond de cette phrase sublime écrite par un auteur oublié: " Je me souviens que je suis homme et rien de ce qui est humain ne m'est étranger ".

Les années maudites !

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23 octobre 2007

Mireille

Mireille!... C'était cette jolie fleur en pleine éclosion qui distillait, avant l'heure, le par­fum de sa féminité, à l'époque bénie de ses premiers printemps... Je m'en souviens: elle devait avoir une dizaine d'années!... Il fallait la voir, à la sor­tie de la messe du dimanche, dans l'écrin de sa robe fleurie, affublée de ses so­quettes de gamine et de ses souliers vernis... Ses cheveux bruns, longs et bouclés, son teint mat et déjà ses lèvres ourlées empruntes d'une sensualité pré­coce, lui donnaient des airs de Gitane.

Comme une jeune mariée, elle sortait de l'ombre de la nef, auréolée de tous ses mystères, pour apparaître dans l'éclatante lumière du porche de notre église. Elle faisait naître en moi, sans que j'en sois conscient, les prémices d'un besoin d'amour en gestation dans mon jardin secret à peine défriché... Elle était, si mes souvenirs sont fidèles, la première fleur venue y éclore, parée de ses cou­leurs délicates et cela me plongeait dans un envoûtement délicieux, à la limite du permis. Elle devenait l'initiatrice de désirs nouveaux, inclassables dans l'éven­tail des sentiments que j'étais en mesure d'assimiler.

Curieusement, cette image allait me poursuivre tout au long de ma vie... Aujourd'hui encore, elle hante mes pensées, comme un premier amour que je n'aurais pas su saisir, comme des regrets irréversibles... C'est une nostalgie fasci­nante et charmante à la fois qui s'installe et module ses rengaines dans un espace réservé de mon subconscient, comme un bien, ou un mal nécessaire dans la construc­tion de ma destinée...

Pourquoi ne pas lui avoir prêté plus d'attention, dans les années qui suivi­rent?... Elle matérialisait pourtant mes attentes non-dites... J'allais poursuivre mon chemin, en la laissant sur le bas-côté de mes premiers fantasmes... Qu'avait-elle fait pour mériter une telle indifférence?... Rien, je pense: je n'avais pas encore l'âge des premiers élans amoureux, ou peut-être se dressaient déjà, à la limite de mon âme des interdits non formulés, glanés dans les jardins d'une éducation trop rigoureuse. Plus tard, elle fit partie, sans plus, du petit cercle de mes amitiés nou­velles, sans que je lui manifeste le moindre intérêt particulier, l'effet de surprise ne jouant plus son rôle de séduction... Un embryon d'amour qui ne prendrait ja­mais son envol, comme une chrysalide qui renoncerait à devenir papillon... Dis­crètement, comme un fantôme plein de reproches, hantant mes futures erreurs, elle a su imposer s'imposer à ma mémoire tout au long de ma vie. Je garde d'elle l'image d'une fille gentille, peut-être un peu trop discrète... D'autres devaient l'etre moins, par la suite, et plus opportunistes!... J'en ai fait la triste constatation.

Elle a raté sa vie, comme moi, une bonne partie de la mienne... Mes préfé­rences, ou les sollicitations du moment se sont égarées dans des choix qui n'étaient pas les bons. Maintenant, elle est partie rejoindre l'impalpable assemblée des anges... Quelques fois, dans mes rêves, elle manifeste sa présence, comme pour me rappeler à son bon souvenir, comme un reproche sans amertume, comme pour me faire prendre conscience de mes erreurs, comme pour me jeter de là-haut, sans rancune, une poignée d'amour...

Il aurait été injuste de ne pas lui dédier ces quelques lignes... Malgré tout, il me reste la vision d'un joli bouquet de fleurs continuant à distiller son parfum au chevet de mes nuits blanches.

Mireille, tu resteras pour moi le spectre des amours impossibles, des amours négligés, ou des amours éclos avant l'heure... Ainsi va la vie, avec son cortège de stupidités. A ton évocation, un souffle de douceur vient de passer sur les premiers frimas de mon hiver!...

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