23 octobre 2007
Mireille
Mireille!... C'était cette jolie fleur en pleine éclosion qui distillait, avant l'heure, le parfum de sa féminité, à l'époque bénie de ses premiers printemps... Je m'en souviens: elle devait avoir une dizaine d'années!... Il fallait la voir, à la sortie de la messe du dimanche, dans l'écrin de sa robe fleurie, affublée de ses soquettes de gamine et de ses souliers vernis... Ses cheveux bruns, longs et bouclés, son teint mat et déjà ses lèvres ourlées empruntes d'une sensualité précoce, lui donnaient des airs de Gitane.
Comme une jeune mariée, elle sortait de l'ombre de la nef, auréolée de tous ses mystères, pour apparaître dans l'éclatante lumière du porche de notre église. Elle faisait naître en moi, sans que j'en sois conscient, les prémices d'un besoin d'amour en gestation dans mon jardin secret à peine défriché... Elle était, si mes souvenirs sont fidèles, la première fleur venue y éclore, parée de ses couleurs délicates et cela me plongeait dans un envoûtement délicieux, à la limite du permis. Elle devenait l'initiatrice de désirs nouveaux, inclassables dans l'éventail des sentiments que j'étais en mesure d'assimiler.
Curieusement, cette image allait me poursuivre tout au long de ma vie... Aujourd'hui encore, elle hante mes pensées, comme un premier amour que je n'aurais pas su saisir, comme des regrets irréversibles... C'est une nostalgie fascinante et charmante à la fois qui s'installe et module ses rengaines dans un espace réservé de mon subconscient, comme un bien, ou un mal nécessaire dans la construction de ma destinée...
Pourquoi ne pas lui avoir prêté plus d'attention, dans les années qui suivirent?... Elle matérialisait pourtant mes attentes non-dites... J'allais poursuivre mon chemin, en la laissant sur le bas-côté de mes premiers fantasmes... Qu'avait-elle fait pour mériter une telle indifférence?... Rien, je pense: je n'avais pas encore l'âge des premiers élans amoureux, ou peut-être se dressaient déjà, à la limite de mon âme des interdits non formulés, glanés dans les jardins d'une éducation trop rigoureuse. Plus tard, elle fit partie, sans plus, du petit cercle de mes amitiés nouvelles, sans que je lui manifeste le moindre intérêt particulier, l'effet de surprise ne jouant plus son rôle de séduction... Un embryon d'amour qui ne prendrait jamais son envol, comme une chrysalide qui renoncerait à devenir papillon... Discrètement, comme un fantôme plein de reproches, hantant mes futures erreurs, elle a su imposer s'imposer à ma mémoire tout au long de ma vie. Je garde d'elle l'image d'une fille gentille, peut-être un peu trop discrète... D'autres devaient l'etre moins, par la suite, et plus opportunistes!... J'en ai fait la triste constatation.
Elle a raté sa vie, comme moi, une bonne partie de la mienne... Mes préférences, ou les sollicitations du moment se sont égarées dans des choix qui n'étaient pas les bons. Maintenant, elle est partie rejoindre l'impalpable assemblée des anges... Quelques fois, dans mes rêves, elle manifeste sa présence, comme pour me rappeler à son bon souvenir, comme un reproche sans amertume, comme pour me faire prendre conscience de mes erreurs, comme pour me jeter de là-haut, sans rancune, une poignée d'amour...
Il aurait été injuste de ne pas lui dédier ces quelques lignes... Malgré tout, il me reste la vision d'un joli bouquet de fleurs continuant à distiller son parfum au chevet de mes nuits blanches.
Mireille, tu resteras pour moi le spectre des amours impossibles, des amours négligés, ou des amours éclos avant l'heure... Ainsi va la vie, avec son cortège de stupidités. A ton évocation, un souffle de douceur vient de passer sur les premiers frimas de mon hiver!...
* *
Commentaires
C'est très beau ces regrets et ces souvenirs des premiers émois... Nous avons chacun les nôtres dans notre petit "coin secret" gardons les précieusement.
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